Mémoire sur le projet de Loi C-11

 

 

 

 

                                                 

Présenté au

 

 

Comité permanent des transports de la

        

Chambre des  communes du Canada

 

 

 

Préparé par

 

Le Regroupement des citoyens

contre la Pollution

 

 

Présenté par Jean R. Gauthier et Ghislain Chouinard

 

 

 

 

 

 

 

Ottawa, le 2 novembre 2006

 

 

 

 

 

À LA CROISÉE DES CHEMINS… DE FER

 

Le Regroupement des Citoyens contre la Pollution est un organisme sans but lucratif formé en 2001 par les résidants de l’arrondissement Charny désireux de s’affranchir de la nuisance occasionnée par les citoyens corporatifs irrespectueux de l’environnement. 

 

Préambule

 

Nous tenons à souligner que nous souscrivons entièrement au mémoire de la Coalition québécoise contre les bruits ferroviaires ainsi qu’à celui de la Ville de Lévis, déposés dans le cadre de l’étude du projet de loi C-11.

 

Au cours des dernières décennies, l’industrie ferroviaire est devenue très florissante et nous nous en réjouissons. Par contre, ceci n’est pas sans apporter un certain nombre de problèmes aux populations avoisinant les voies ferrées. Les deux principaux inconvénients reliés à cet accroissement sont une baisse importante de la qualité de vie causée par le bruit (sifflets, moteurs tournant à plein régime, crissements de roues, accouplement des wagons dans les gares de triage, nuisance routière), et les risques imminents reliés au transport de matières dangereuses. (déraillements, déversements, tamponnements, explosions, etc…)

 

Cette situation déplorable pour la qualité de vie et la santé des citoyens amène avec elle des incidences économiques négatives. D’ailleurs, si vous êtes victime de ces agressions polluantes et cherchez à vendre votre maison, vérifiez l’heure d’arrivée des trains avant de convenir de l’heure de la visite d’un acheteur potentiel; si non vous risquez de ne pas vous ‘entendre’. 

 

 

Pollution par le bruit

 

Il est prouvé scientifiquement que le bruit provoque une accélération du rythme cardiaque et une élévation de la tension artérielle. Les gens exposés à un bruit de trafic routier oscillant entre 60 à 80 décibels (dB (A)) courraient même un risque accru d'infarctus du myocarde. Le bruit favorise en outre certaines affections gastro-intestinales, ainsi que des troubles du système nerveux. L’exposition au bruit influe même sur la vision, provoquant un rétrécissement du champ visuel, une moins grande précision dans l'appréciation de la profondeur, une réduction de la vitesse de perception des couleurs et surtout une altération de la vision nocturne.


Le bruit est un facteur de stress qui se traduit par de la fatigue et de l'anxiété, de la dépression et même, trop souvent, de l'agressivité. La preuve ? Dans les quartiers où les niveaux sonores sont particulièrement élevés, la consommation de tranquillisants et d'antidépresseurs bat tous les records. A cela s'ajoute que le bruit produit des interférences dans la communication. Il diminue également les capacités de concentration et de mémorisation. Dans les écoles situées à proximité d'une autoroute ou d'un aéroport, les élèves apprennent moins vite et multiplient les erreurs.
Contrairement aux idées reçues, on ne s'habitue pas au bruit. Des électrocardiogrammes et encéphalogrammes pratiqués pendant la nuit sur des personnes soumises à des bruits continuels (comme un trafic routier intense) l'ont démontré : même si elles ne sont plus conscientes du bruit ambiant, leur organisme continue à y réagir, d'où un sommeil perturbé et peu réparateur

 

Si une réglementation sévère empêche les avions de voler la nuit, pourquoi les trains peuvent-ils circuler à toute heure du jour et de la nuit, faisant un tintamarre ahurissant sans distinction du milieu de vie dans lequel ils roulent.

 

Le bruit généré par le sifflet des trains aux passages à niveau dépasse en intensité et en pression sonore tout autre bruit généré en zone urbaine.  Non seulement le débit est-il beaucoup plus intense, mais il advient à toute heure du jour et de la nuit. Dans la seule agglomération ferroviaire de Charny, les trains sifflent à plus de vingt reprises entre 22h00 le soir et 06h00 le lendemain matin.  Les micro-réveils provoqués par ces sifflements généralement inutiles sont autant d’heures perdues en productivité et en efficacité pour tous les citoyens vivant à une courte distance des passages à niveau.

 

Il est étonnant de constater qu'une entreprise comme le CN qui affiche des profits de l'ordre de $3/4 de milliard pour l'année 2005 en circulant dans nos villes et villages puisse agir en roi et maître sur tout le réseau ferroviaire.

 

À titre d'exemple, la petite municipalité de Saint-Cyrille-de-Wendover près de Drummondville, négocie depuis 1993 l'arrêt du sifflet des trains. Cela fait donc plus de 13 ans que le CN multiplie les conditions, exigences et difficultés qui fait en sorte que ces résidents sont en voie de débourser plus de $1/2 million pour couper le sifflet du CN (Assurances dommages, études de sécurité, Installation de détecteurs, etc…) et enfin avoir une qualité de vie. Cette attitude de la part du CN ressemble étrangement à une forme de harcèlement bureaucratique dont le but non-avoué est de décourager la municipalité ainsi que d’autres qui seraient tentés de les imiter, à entreprendre de telles démarches anti-sifflets.

 

Ceci nous semble particulièrement grossier et totalement inacceptable; voilà qu'une entreprise qui possède un droit de passage à travers nos villes et villages impose des contraintes telles que la plupart d'entre elles ne pourront jamais faire cesser cette pollution sonore. Le public doit donc débourser des sommes considérables pour se protéger d'un envahisseur qui grâce au réseau ferroviaire engrange des profits monstrueux... Il y a manifestement un problème de partage de responsabilités!  Il serait grand temps d’appliquer le principe internationalement reconnu du «pollueur payeur».

 

De plus, le crissement des roues des wagons de marchandises sur la voie ferrée ajoute à la pénible réalité qu’endurent quotidiennement ces gens. Ajoutez à cela le roulement continu des motrices tournant à plein régime et générant un bruit équivalent à un avion 747 circulant lentement dans votre cour.  D’autre part, si vous avez le malheur d’habiter à moins de 1,5 km d’une cour de triage, vous faites vous aussi partie du quart de travail des cheminots qui s’activent dans un vacarme infernal au tri et à l’élaboration des convois, et ce, à  toute heure du jour ou de la nuit. Il va sans dire que pour ces familles, le sommeil n’a rien de réparateur.

 

 

Dangers environnementaux

 

Les statistiques sur les déraillements ne sont pas éloquentes et en font frémir plus d’un. En effet, le nombre de déraillement au cours des dernières années a plus que quintuplé et nous croyons que ce record peu enviable est principalement dû à :

 

1)     convois extrêmes (200 wagons +)

2)     mauvais entretien du matériel roulant

3)     mauvais entretien de la voie ferrée

 

Il faut souligner qu’un convoi de 200 wagons s’étire souvent sur plus de 3 km et bloque la circulation des rues principales comme c’est le cas à Charny où l’on compte 3 passages à niveaux sur 1 km de voies ferrées. Ceci représente un danger réel en cas d’urgence, police, ambulance, pompiers qui ne peuvent plus se rendre sans délai sur le lieu du drame, les voies de la municipalité étant bloquées. D’ailleurs, cela s’est produit en septembre dernier à Charny alors qu’un convoi extrême du CN s’est immobilisé pendant près d’une heure bloquant les axes routiers de la ville.

 

Il y a sans doute d’autres municipalités au Canada dans une situation comparable.  On n’ose imaginer les conséquences d’un déraillement ou d’un déversement de matières dangereuses alors qu’une partie de la population ne peut recevoir du secours ni ne peut quitter le secteur, le convoi du CN bloquant les passages à niveau!

 

De plus, ces convois extrêmes de marchandise fragilisent les infrastructures et la voie ferrée devient moins résistante. Ce trafic accru de longs convois fait trembler le sol au point que la vibration se répercute dans les maisons avoisinantes. Le lien avec la multitude de déraillements au cours des dernières années peut facilement être fait.

 

L’entretien du matériel roulant est visiblement négligé et il va sans dire qu’un wagon dont les ensembles de roues sont usés ou défectueux représente un risque d’accident grave en plus du crissement des roues qui sonne comme un bruit d’enfer. Une récente enquête de Transports Canada révèle des lacunes importantes concernant l’inspection des trains, les essais de freins et l’entretien de la voie ferrée; concluant que depuis la privatisation en 1985, le du CN a réduit l’entretien.

 

L’histoire nous montre que les déraillements causent des dégâts considérables et peuvent occasionner des catastrophes impliquant de nombreuses pertes de vies.  Le voisinage des voies ferrées comporte donc de plus en plus de risques.

 

Dans un autre registre, nous nous interrogeons sur les impacts des émissions polluantes des motrices Diesel.  Au moment où le législateur envisage, nonobstant le respect de ses engagements internationaux, de s’attaquer au smog, ne serait-il pas logique d’imposer des normes strictes et raisonnables à l’industrie ferroviaire? 

 

 

Solutions à envisager

 

Dans un premier temps, les normes de bruit de l’Organisation Mondiale de la Santé doivent être intégralement respectées : 45 dB la nuit et 55 dB le jour.

 

Les sifflets de trains pour annoncer le passage d’un convoi ou pour signifier sa présence sont certes des facteurs contribuant à sécuriser les passages à niveau, mais ils sont aussi d’un autre âge. À l’ère des communications, il est temps que l’industrie ferroviaire se penche sur des formes moins invasives de signalisation sonore.  Dans le cas du sifflet, les résultats constatés sur la santé des populations atteintes suggère que les inconvénients dépassent les bénéfices. Le sifflet ne devrait être utilisé que lorsqu’une locomotive constate un obstacle occupant la voie ferrée.  La technologie actuelle permet de capter la présence de tels obstacles bien avant l’arrivée du convoi.

 

Plusieurs intervenants ont clairement décrit les problèmes de bruit provenant des activités de triage des convois dans les cours. À notre avis, un mur insonorisant pourrait réduire sensiblement les bruits associés à l’accouplement des wagons; de plus, des amortisseurs de contacts installés sur chaque wagon nous semble être un minimum envisageable pour un début de solution civilisée.

 

En ce qui a trait au crissement des roues sur le rail, causé principalement par l’usure de la voie ferrée et le mauvais état des roues, les autorités suisses par exemple, ont choisi d’ajouter une bande amortissante le long de la voie ferrée dans les zones urbaines afin de réduire ces grincements.  Constatant que plus d’un tiers des wagons de marchandise émettent des bruits stridents de telles mesures sont tout simplement élémentaires.

 

L’entretien préventif de la voie ferrée et des wagons est d’autant plus nécessaire que le réseau et les équipements sont utilisés à outrance. Si la voie ferrée n’est pas en bon état il est à prévoir que le rythme des déraillements s’accentuera et que le danger de catastrophe sera d’autant plus grand.

 

D’ici à ce qu’un ensemble de mesures efficaces soit mis en place pour favoriser une cohabitation plus harmonieuse, le nombre de wagons par convoi devrait être réduit drastiquement et la circulation de nuit dans les villes et villages prohibée. Sans de telles mesures restrictives nous craignons que dans un avenir rapproché les compagnies ferroviaires poursuivent leurs activités dans l’indifférence et la démesure jusqu'à bloquer littéralement les municipalités avec des hyper-convois de plus de 300 wagons.

 

 

Conclusions

 

Tout semble indiquer que les autorités fédérales ont abdiqué leur responsabilité en 1985 en transférant l’exploitation du transport de marchandises à l’industrie privée. C’est une perte de contrôle dont l’industrie profite pour maximiser le rendement sans égard à l’environnement, aux risques d’accidents ni aux nuisances qui y sont associées

 

Nous n’en sommes plus au temps du sympathique Choo-Choo qui déambulait dans le décor avec quelques wagons tout en respectant un ‘Rule Book’ des années 50. Aujourd’hui, lorsque des convois de marchandise sont mus par plus de 4 motrices Diesel  extrêmement bruyantes et polluantes qui tirent jusqu’à 200 wagons, des normes sévères de sécurité doivent les guider si non, il y a tout lieu de s’inquiéter. Dans les conditions actuelles, l’industrie ferroviaire se dirige vers une catastrophe dont la question n’est pas de prédire l’occurrence mais de savoir où et quand elle se produira!

 

Nous souhaitons que le Ministère des Transports reprenne l’initiative en établissant des règles, normes, procédures et politiques claires et applicables afin de reprendre le contrôle du secteur ferroviaire.  Il faut plus qu’un simple «Rule book» pour ramener l’ordre et la sécurité dans une industrie dont le laxisme et le manque de bonne volonté depuis plus de 20 ans n’ont plus besoin d’être prouvé.                                            

 

Plusieurs pays européens se sont penchés sur le sujet et ont su apporter des mesures efficaces pour diminuer les nuisances ferroviaires. Il ne faut pas attendre que la grogne des citoyens irrités par cette pollution constante atteigne un niveau de confrontation voir même de désobéissance civile.

 

D’autres part, des règlements municipaux et provinciaux existent pour prévenir les nuisances et il n’y a aucune raison pour que l’industrie ferroviaire n’y soit pas assujettie. Les droits civils des citoyens doivent être respectées par tous les intervenants sans distinction de juridiction politique. D’ailleurs, un jugement récent de la Cour Suprême du Canada confirme la légalité des lois municipales dites raisonnables promulguées afin de réduire les nuisances par le bruit sur la place publique. 

 

En somme, nous subissons les aléas d’une industrie dinosaure en pleine expansion… Un contrôle ferme s’impose car la sécurité et la qualité de vie des citoyens est non négociable.

 

Pour terminer sur une note plus positive, mentionnons qu’heureusement, certains fabricants mettent à l’essai des locomotives hybrides (Diesel/hydraulique) équipées de groupe électrogène et de batteries beaucoup plus  performants.  Il en résultera une baisse de consommation de diesel de 40%, une réduction des émissions polluantes de 60%, des bruits diminués de 15 Db et un coût d’opération de 30% moindre. 

 

 

 

 

DIVERSES ÉTUDES SUR LE BRUIT ET SES IMPACTS SUR LA SANTÉ (bilingues)

 

 

Directives de l’OMS relative au bruit dans l’environnement

 

http://collectif124.be/IMG/directives_OMS_sur_le_bruit_dans_l_environement.pdf

 

http://www.who.int/docstore/peh/noise/Comnoise-1.pdf

 

Confédération suisse

 

http://www.umwelt-schweiz.ch/buwal/fr/medien/umwelt/1999_1/unterseite16/index.html

 

Allemagne :

 

http://www.springerlink.com/content/n34lq24256731798/

 

 

La pollution atmosphérique attribuable au transport de marchandises

 

http://www.cec.org/news/details/index.cfm?varlan=francais&ID=2221

 

 

 

 

 

Nous tenons à remercier les membres du Comité permanent des transports de la Chambre des communes du Canada pour cette occasion qui nous est offerte de formuler des observations et recommandations qui nous l’espérons sauront inspirer le Comité dans ses travaux

 

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